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Daniel Hoarau est un « petit Blanc des Hauts ». À Trois-Mares, où le père, ancien travailleur journalier, a acheté trois hectares de terrain qu'il cultive, la famille habite une case où il n'y a ni eau courante, ni électricité et vit presque en autarcie. L'enfant travaille la terre plus qu'il ne joue.
Dans cette vie dure, austère, la notion de plaisir n'a pas sa place. Les distractions sont rares. La seule musique qu'il entend, c'est à travers le transistor qui sert surtout à écouter les informations. À quinze ans, le jeune homme découvre Georges Brassens grâce aux disques de sa s½ur.
Cela lui donne l'envie de mettre son goût pour les mots au service de langue créole. Comme tous les Réunionnais de sa génération, Danyel Waro n'a pas grandi en écoutant du maloya. Ce blues de l'océan Indien, aux racines africaines, malgaches et indiennes, avait pratiquement disparu. Officieusement interdit, il ne survivait que dans quelques familles avant d'être sauvé par le Parti communiste réunionnais (PCR) alors très populaire sur l'île et qui militait pour l'autonomie de ce département français d'outre-mer.
Instrumentalisée, cette musique traditionnelle héritée du temps de l'esclavage devient le symbole des revendications identitaires. Sensibilisé à ce combat politique par son père, fervent militant communiste, le jeune homme connaît un vrai coup de foudre pour le maloya lorsqu'il assiste en 1970 au concert de Firmin Viry (dont il sera l'apprenti), organisé par le quotidien local du PCR. S'il voit cette musique comme une arme politique contre le pouvoir métropolitain, elle lui donne surtout l'opportunité de se découvrir lui-même et de prendre pleinement conscience de son identité réunionnaise.
Seul, il apprend le rythme, commence à fabriquer ses propres percussions. Le 27 décembre 1975, il fait son premier concert de maloya avec un ensemble de jeunes travailleurs agricoles. Son échec au baccalauréat, après avoir été meneur de grève en classe de terminale, précipite son incorporation en métropole en 1976 pour effectuer son service militaire. Le jeune antimilitariste refuse de porter l'uniforme. Il connaît les conséquences de l'insoumission : deux années de prison. Dans sa cellule du centre de détention d'Ecrouves, il écrit ses premiers textes en créole qui seront publiés en 1979 sous le titre de "Romans ékri dan la zol an frans".
Il y témoigne d'une rage d'écrire et de militer qu'il met en ½uvre en s'opposant à la politique réunionnaise de Michel Debré. Il dénonce notamment le travail du BUMIDOM dans ses chansons rédigées en captivité. Cette institution est ainsi dénoncée dans Gafourn et Batarsité.
En 1975-1976, de retour à La Réunion, il participe aux kabars qui vont délivrer du silence, de la honte et de l'oubli le maloya, genre musical jusqu'alors interdit influencé par le chant des esclaves. Durant ces années il milite au sein du Parti communiste réunionnais dont il s'éloigne dans les années 1990.
Artiste très influent à La Réunion, il est reconnu par beaucoup de groupes locaux pour l'aide qu'il a apportée à l'émergence de la musique traditionnelle. Des groupes comme Baster ou encore Ousanousava l'invitent régulièrement à partager des scènes.
Ne se limitant pas au maloya, il a aussi enregistré un disque de jazz avec Olivier Ker Ourio. En 2006, Danyèl Waro participe au Festival Africolor pour la création de Michto maloya avec le musicien Thierry « Titi » Robin. Il figure sur l'album Pays sauvage d'Emily Loizeau où il interprète Dis-moi que tu ne pleures pas.
Petit fils de planteur, il est resté fidèle à sa tradition acoustique et il en est le "représentant" reconnu dans toute l'île. Musicien et poète, il sait faire chanter le créole avec une émotion sans pareil.